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Georges Plassat, un affranchi pour sauver Carrefour

Ce lundi matin, Georges Plassat prend officiellement ses quartiers au siège social de Carrefour à Boulogne-Billancourt. Mais depuis des semaines, le nouveau directeur général d’un groupe en mauvaise posture, est déjà dans les murs au siège de la filiale française. Sa méthode pour prendre le pouvoir : la surprise.

Georges Plassat est déjà dans les murs. Le nouveau directeur général de Carrefour n’était attendu que ce lundi 2 avril au siège de Boulogne-Billancourt. Mais l’ancien patron de Vivarte nommé le 30 janvier à la tête de Carrefour, en remplacement de Lars Olofsson, a pris tout le monde de court en installant ses quartiers provisoires à Massy, au siège de Carrefour France, filiale la plus mal en point du groupe. « C’est tout lui. Plassat a toujours aimé surprendre», raconte Marie-José Rubin l’ancienne PDG de Caroll, l’une des enseignes phares du groupe Vivarte (André, Kookai, Naf Naf…) où, déjà, il vaut été appelé pour restructurer et relancer les ventes

“Cinq minutes pour récupérer vos affaires”

Georges Plassat, 63 ans, n’a pas changé. En avril 2000 au lendemain de l’Assemblée générale au cours de laquelle NR Atticus et Guy Wyser Pratte ont évincé le conseil de surveillance du groupe André, devenu depuis Vivarte, à peine nommé président du directoire, il débarque sans crier gare au siège, avenue de Flandres à Paris, à l’étage de la direction. Il accordera “cinq minutes” au patron, Jean-Claude Sarazin, auquel il succède pour “récupérer ses affaires”. Ce fût brutal chez Vivarte. Cela le sera chez Carrefour.

Dès sa nomination, Georges Plassat l’a fait comprendre. “L’ampleur la mission à mener à bien […] nécessitera le concours de toutes les forces vives de l’entreprise”, a-t-il déclaré, par communiqué, à l’issue du conseil d’administration, qui le propulsa à la direction générale de Carrefour, avant son élection prévue en tant qu’administrateur et PDG, lors de l’assemblée générale du 22 juin prochain.

“Plassat, c’est ce qu’il faut à Carrefour

Aucun cadre n’ignore que Carrefour doit s’imposer un nouvel électrochoc après celui de Lars Olofsson. Le numéro deux mondial de la distribution est comateux. Son résultat opérationnel a chuté de près de 20 % en 2011. Son activité vivote : +0,9 %, à 81,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier. En France, son enseigne d’hypermarchés n’a pas trouvé en Carrefour Planet l’EPO tant promis. Le nouveau protocole imaginé par Lars Olofsson devait guérir 500 magasins en Europe. Carrefour vient de l’abandonner. Et, depuis deux ans, en Europe, le chômage gangrène la consommation, notamment en Espagne, son troisième marché derrière la France et le Brésil.

« C’est dire ! Vous voyez bien que Plassat, c’est ce qu’il fallait prescrire à Carrefour ! », note un ancien dirigeant de Vivarte où le premier chantier ouvert par Plassat avait été André avec la fermeture de 100 de ses magasins, entraînant la suppression de près de 400 emplois. Et sans « jamais écrire la stratégie à trois ans du groupe », il s’est attelé à réduire les coûts d’Orcade, Minelli, Kookai et autres Besson. Cela a été « à la schlague », se souvient un ancien collaborateur. Y compris pour son directeur financier, Antoine Metzger, à qui revient aujourd’hui le poste de PDG à la tête de Vivarte.

“Car, oui, Plassat est un très bon gestionnaire”, observe Marie-José Rubini. Tous ses proches saluent son sens aigu de l’exécution. “Et dans notre métier, un magasin propre, rangé, conforme à l’uniforme, c’est essentiel. Carrefour en souffre beaucoup”, rappelle le patron d’une enseigne de distribution, sidéré par “la rigueur” de ce diplômé de l’école d’hôtellerie de Lausanne.

Six heures de comité exécutif

Chez Carrefour, cette réputation le précède. L’autre aussi. “Celle de sa brutalité. Il ne lui sera pas simple de monter son équipe”, juge un ancien collaborateur. “Et celle d’être un peu court en stratégie”, note un cadre de Carrefour. Chez Vivarte, Plassat aurait remisé “cinquante fois” le lancement de sites de e-commerce, “jamais cru” à l’internationalisation des enseignes de mode à “part en Suisse” et rechigné au rachat de marques haut de gamme, en complément de ses enseignes populaires de mode. Et surout rien appris aux membres du comité exécutif.

Sa personnalité effraie aussi. Bon orateur, volontiers bavard, l’homme est “puissant”, impose le vouvoiement et le Monsieur Plassat. Mais il raconte ses guerres, commence ses comités exécutifs à 13h30 autour d’un soi-disant déjeuner pour les achever six heures plus tard, après des monologues et de bons mots. Et décide. Seul. Car, c’est un affranchi.

Le spin-off de Dia, une belle bêtise

Qu’en sera-t-il chez Carrefour ? Le groupe est contrôlé par Groupe Arnault et Colony Capital depuis 2007. Bernard Arnault siège au conseil d’administration. Chez LVMH, comme ailleurs, il est redouté. A l’instar de Jean-Charles Naouri chez Casino. Georges Plassat s’est frotté à ce dernier. Cela lui a valu sa place de président du directoire de Casino en 1997. Quinze ans après, fortune faite grâce aux deux LBO menés chez Vivarte, rebelote, donc. Dans les couloirs de Carrefour France, à Massy, Georges Plassat, ne peut s’empêcher de défier Bernard Arnault, dans son dos. Avec bagout, à tous ceux qui viennent à lui, il fait valoir ses positions. La plupart déboulonnent ce que Lars Olofsson a accepté, sous le diktat de Bernard Arnault et de Sébastien Bazin, patron de Colony Capital en Europe.

Il ne faut pas céder l’immobilier, assure-t-il

Le spin-off de Dia ? Une belle bêtise, dit-il. Les magasins de l’enseigne de hard discount séparée de Carrefour en juillet 2011 auraient mérités de rester dans ses mains, selon lui. Ils auraient pu alimenter l’expansion des supérettes Carrefour City dont les rendements grimpent jusqu’à 25.000 euros/m² à Paris. Le gel de Carrefour Planet ? Trop précoce, juge Georges Plassat. Et – c’est un comble – l’homme se rallie au « Non à la cession de Carrefour Property », la foncière de l’enseigne; position qui avait valu sa place à l’ancien directeur général, José Luis Duran, évincé par Colony Capital et Groupe Arnault fin 2008.

Lars Olofsson avait lui accepté d’endosser l’introduction en Bourse de 25 % du capital de la foncière. In extremis, au printemps 2011, le groupe a renoncé à cette opération de peur de se heurter à un veto en assemblée générale. Georges Plassat répète à l’envi que « cela aurait été une belle bêtise ». La manœuvre devrait lui permettre de mettre dans sa poche bon nombre de cadres tout aussi sceptiques. Mais sera-t-il entendu de Sébastien Bazin, patron de Colony Capital en Europe, et de Bernard Arnault ? Car la moins-value latente des deux investisseurs au capital de Carrefour se chiffre déjà en plusieurs centaines de millions d’euros… [La Tribune]

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