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Kelvim, Lucas, Sarah : regards venus d’ailleurs


L’un est Portugais et déçu par la politique. L’autre est Brésilien et choqué par la défiance sur des étrangers. La troisième est Belge et surprise par la violence des débats.

Photo Pascal BROCARD

Lucas (photo), 22 ans, originaire d’une région du sud-est du Brésil, est étudiant en master d’anglais à la faculté de Metz. « Pendant la campagne présidentielle, les hommes politiques français parlent beaucoup de rejet des étrangers, c’est un débat qui n’existe pas au Brésil », explique-til.

Kelvim, 23 ans, étudiant portugais en licence informatique à Metz, dans le cadre du programme Erasmus, annonce d’emblée la couleur : « La politique ne m’intéresse pas. » Fin de non-recevoir ? Pas exactement. En fait, le rejet affiché est la posture de celui qui « n’y croit pas plus au Portugal qu’ici en France, car c’est exactement le même système, des Présidents, des ministres qui ont des retraites très avantageuses, de grosses voitures avec des chauffeurs, des bureaux qui ressemblent à des palais… Les hommes politiques vivent comme des gens riches ». Kelvim est plutôt partisan de ce qui « se passe en Finlande ou en Suède, où le pouvoir est plus modeste ». L’étudiant respecte cependant « les jeunes qui s’engagent en politique car c’est comme cela que le système changera ». Peut-être.

Lucas, 22 ans, originaire d’une région du sud-est du Brésil, étudiant en master d’anglais à la faculté de Metz, est arrivé en France sept mois plus tôt. Sans parler un mot de français. L’immersion a porté ses fruits. « Je comprends tout, je m’exprime moins bien », confie-t-il avec modestie.

« Ici, les gens parlent beaucoup de politique. Au Brésil, on critique énormément mais on n’en parle beaucoup moins », estime Lucas, grand, blond et blanc. A ce propos, il se fend d’un large sourire : « Du Brésil, on voit la France comme un grand peuple, ouvert d’esprit et sur le monde… Alors que depuis que je suis ici, personne ne veut croire que je suis Brésilien, car pour les Français, un Brésilien est forcément un homme noir qui passe ses journées à danser la samba. »

La remarque n’est pas anodine. En effet, ce manque de curiosité de l’autre est l’une des grandes surprises de Lucas à propos de cette nation tant fantasmée où les gens sont paradoxalement « très libres mais très fermés ». « Pendant la campagne présidentielle, les hommes politiques parlent beaucoup de rejet des étrangers, c’est un débat qui n’existe pas au Brésil, un pays de 190 millions d’habitants où cohabitent 14 nationalités dont 17 millions d’Italiens, 7 millions de Syriens, 1,2 million de Japonais, 1 million de Chinois… », énumère Lucas. Il se souvient de cette scène « impossible au Brésil » de deux videurs d’une boîte de nuit de Metz qui « refusaient l’entrée à deux jeunes garçons noirs ». Dans son pays, le clivage « droite-gauche » a été balayé du paysage par une longue dictature militaire. « Il y a le Parti du travail, plus social et le parti de la République », détaille-t-il. La campagne française se polarise « beaucoup sur l’économie mais pas sur l’organisation sociale ». Il voit Nicolas Sarkozy comme « un homme strict qui mélange beaucoup sa vie particulière avec la politique » et François Hollande comme « promettant des changements impossibles comme faire payer 75 % d’impôts aux plus riches ».

« Le débat est violent »

Sarah, 19 ans, originaire de Courtrai, en Belgique, effectue une année de travail volontaire européen à la maison Robert-Schuman, à Scy-Chazelles. « Le débat en France est assez violent », estime-t-elle. Les différences avec la Belgique sont notables. La première est « qu’en France, on essaie de convaincre les gens d’aller voter, alors que chez nous, c’est obligatoire ». La seconde est que le débat « en France est essentiellement entre la droite et la gauche alors qu’en Belgique, il est communautariste entre les Wallons et les Flamands ». Comme Lucas, Sarah est choquée par le rejet des étrangers qui se manifeste fortement en France. Mais elle n’est qu’à moitié étonnée : « En Belgique, les Français ont la réputation d’être très patriotiques, très fiers de leur pays et très fermés ».

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